L’exercice de l’autorité : un pilier de la confiance

L’exercice de l’autorité constitue un des fondements de toute organisation collective, qu’elle soit familiale, professionnelle ou spirituelle. Couramment associée à la notion de pouvoir ou de domination, l’autorité s’en distingue par la confiance, la sécurité et le respect qu’elle inspire.

« L’autorité c’est comme la confiance : elle ne se donne pas avec un statut, un grade, une fonction. Elle se mérite au jour le jour par des actes et des comportements. On dit à juste titre qu’elle se gagne comme un trophée. » Chantal Delsol

La nature de l’autorité

« L’autorité, c’est le droit de commander et d’imposer l’obéissance » (Petit Robert). C’est aussi le devoir de mérite, d’amitié et d’accompagnement qui suscite l’adhésion. Ainsi, avoir de l’autorité suppose la possession de qualités qui permettent d’avoir un ascendant qui entraîne respect et confiance. La réalité de l’autorité ne s’éprouve que dans l’action. En effet, c’est dans l’action que l’autorité quitte l’habit conceptuel pour se matérialiser et prendre corps. À moins de se perdre, le chef ne peut pas déserter le terrain de l’action. Étymologiquement «auctoritas vient d’augere» qui signifie «faire croître». Celui qui dispose d’une autorité apporte un surplus, un avantage à la collectivité. Celui qui a autorité sur moi doit augmenter mon savoir être, mes compétences, ma créativité, ma sécurité… Car, l’autorité n’est pas une propriété personnelle : c’est une interaction entre le chef et ses subordonnés, dans laquelle ce dernier choisit de suivre la volonté du premier.

Les relations entre autorité et pouvoir

Le pouvoir est matériel et singulier dans une relation déséquilibrée ;  l’autorité est personnelle et relationnelle. En effet, elle est incarnée par le chef ou le manager. Ainsi détenir le pouvoir ne confère pas toujours de l’autorité ; avoir de l’autorité ne signifie pas toujours détenir le pouvoir. Il existe des autorités sans pouvoir : le pape, dont Staline raillait le nombre de divisions , ou De Gaulle, isolé en 1940 à Londres. On connaît de même le pouvoir sans autorité : celui qui exerce une domination tyrannique sans rien apporter à la collectivité qu’il domine. En la matière, je remarque l’évolution observée dans notre pays depuis 1968 : c’est qu’une position de pouvoir ne confère plus systématiquement une position d’autorité.

Autorité et légitimité

Un manager sera dans les conditions d’exercer son autorité, sous réserve de se sentir légitime dans son rôle. Ensuite il est capital qu’il soit perçu comme tel par son équipe. La légitimité est un des fondements de l’expression d’une autorité équilibrée. S’il a des doutes dans ce domaine, le manager rencontrera vraisemblablement des difficultés dans cette dimension du management.  Il ne s’est pas autoproclamé détenteur de sa fonction : cette responsabilité lui est conférée par la direction de l’entreprise.  Il est donc naturel que l’autorité supérieure « l’installe » dans cette fonction pour favoriser sa légitimité. Cette installation peut s’accompagner d’une symbolique, voire d’un cérémonial particulier.

Sans reconnaissance et acceptation, l’autorité n’est que pouvoir. L’image d’une autorité liberticide nous empêche de voir que celle-ci est au cœur de la  dignité humaine. Ainsi, toute personne placée en position d’autorité s’inspire des principes suivants : exigence,  compétence, humanité et  confiance.

Autorité et exigence

En premier lieu, un manager se doit de faire preuve d’exigence tant vis-à-vis de lui-même que de ses subordonnés. Sa façon d’être et l’image qu’il donne de lui affermissent ou détériorent son autorité. En d’autres termes, un bon chef est d’abord un homme ou une femme qui se respecte : cela veut dire qu’il a conscience que sa fonction l’exige. Au regard de sa propre dignité, le manager est conduit à développer l’exemplarité de son attitude. Il veille à s’assurer de la véracité de ses propos. De même l’exigence demandée à ses collaborateurs est la marque de l’estime qu’il leur porte : il leur reconnait une capacité à se dépasser et à grandir. Reprenons la définition de Freund, philosophe français : l’autorité est «l’aptitude à se montrer à la hauteur des tâches que comporte la fonction que l’on occupe»

Autorité et compétence

Deuxièmement, « La seule autorité possible est fondée sur la compétence » nous dit Michel Serres, philosophe et académicien. S’exerçant dans une société plus transverse, notamment à cause des réseaux sociaux, l’autorité est fondée sur le savoir. Cependant la maîtrise, en particulier technique est insuffisante à asseoir l’autorité. Face à un monde complexe, mobilisant des acteurs nombreux, l’action ne peut être que collective. L’art de diriger n’implique pas de dominer les savoir-faire de ses collaborateurs. Il s’agit de développer les compétences de son niveau : décider, donner du sens, écouter et communiquer. Les collaborateurs attendent que le chef apporte de la valeur. La compétence est alors une des sources essentielles de la confiance.

Autorité et humanité

Diriger un groupe implique de le connaître, de sentir ce qu’il désire, ce dont il a besoin, ce dont il a peur. Saint-Exupéry nous dit qu’il « faut deviner chez ses hommes des réserves qu’ils ne connaissent pas eux-mêmes. » La conviction d’humanité s’appuie sur le respect et la dignité de l’homme. Car le chef est au service de l‘intérêt général en s’attachant à faire éclore les talents particuliers. Pilier de la dignité, l’autorité respecte la nature humaine et place l’Homme au centre de ses préoccupations. Le sentiment d’humanité s’ancre dans la connaissance personnelle de ses collaborateurs .

L’exercice de l’autorité et confiance 

Enfin, le général Patton rappelle que l’action du chef n’est efficace  qu’à condition de favoriser l’autonomie du subordonné : «Le plus dur, pour moi, c’est de ne rien faire; je suis terriblement tenté d’intervenir, mais c’est aux hommes qui sont sur le terrain de se battre et ils le font bien ».   Hannah Arendt, politologue, affirme que l’autorité requiert « toujours l’obéissance  » ;  il paraît plus exact de dire que l’autorité suscite et retient l’adhésion, grâce à un double mouvement d’accompagnement et de confiance. La confiance est la forme la plus aboutie de la relation qui unit le manager et ses collaborateurs.

Conseil du coach 

Replaçons l’autorité « bienveillante » au cœur de la posture managériale 

  • Sans reconnaissance et acceptation, l’autorité n’est que pouvoir.
  • L’autorité est une relation et un échange dans lequel l’adhésion l’emporte sur la contrainte.
  • La légitimité est un des fondements de l’expression d’une autorité équilibrée.
  • L’exigence demandée à ses subordonnés s’appuie sur l’exemplarité de sa conduite.
  • L’autorité s’appuie sur des compétences de son niveau de responsabilité.
  • Pilier de la dignité, l’autorité place l’Homme au centre de ses préoccupations.
  • La confiance n’est pas une option, c’est le pari d’une relation réussie.

Laisser un commentaire